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Convention de départ

Licenciement amiable en Suisse : convention de départ, négociation et risques pour le chômage

Votre employeur vous propose une convention de départ — une « séparation à l'amiable » avec une indemnité ? Avant de signer, lisez ce guide. En Suisse, une convention de départ peut vous coûter jusqu'à 60 jours d'allocations chômage.

0–60 jours
suspension chômage possible
200 CHF/j
allocation moyenne perdue
7 questions
à poser avant de signer

1. Qu'est-ce qu'une convention de départ ?

Une convention de départ (ou résiliation d'un commun accord) est un accord par lequel l'employeur et le salarié mettent fin au contrat de travail ensemble, en dehors du cadre d'un licenciement unilatéral. Contrairement à la France, la Suisse ne connaît pas de « rupture conventionnelle » formalisée — c'est un accord contractuel libre, régi par les principes généraux du CO.

En pratique, l'employeur propose cet accord pour éviter un licenciement ordinaire (et ses contraintes : préavis, périodes de protection, risque de contestation). En échange, il offre généralement une indemnité de départ et/ou des conditions favorables (certificat de travail, libération immédiate, outplacement).

Le problème : ce qui semble avantageux pour le salarié peut se retourner contre lui face à la caisse de chômage. Consultez aussi les informations officielles sur ch.ch et la page de la Ville de Lausanne sur les conventions de résiliation.

2. ⚠️ L'impact sur vos allocations chômage — le piège majeur

⚠️ Piège majeur : suspension des allocations (art. 30 LACI)
C'est LE point essentiel de cette page. La caisse de chômage analyse chaque convention de départ pour déterminer si le salarié a contribué à son propre chômage. Si elle estime que oui, elle prononce une suspension de vos allocations en application de l'art. 30 al. 1 let. a LACI (chômage fautif).

Comment la caisse de chômage analyse votre convention

La caisse ne regarde pas ce qui est écrit dans la convention. Elle regarde qui est à l'origine de la rupture :

  • L'initiative vient clairement de l'employeur (restructuration, suppression de poste, conflit initié par l'employeur) → pas de suspension, ou suspension légère (1-15 jours).
  • L'initiative est ambiguë ou la convention ne le précise pas → la caisse présume que vous avez contribué au chômage → suspension de 16 à 30 jours.
  • Vous avez clairement pris l'initiative (vous vouliez partir, vous avez demandé la convention) → assimilé à une démission → suspension de 31 à 60 jours.

Les situations qui aggravent la suspension

  • Renoncer à la période de protection (maladie, grossesse) dans la convention → la caisse considère que vous avez renoncé à un droit → suspension.
  • Accepter une date de fin de contrat avant la fin du préavis normal → la caisse peut suspendre les allocations pour la période raccourcie.
  • Ne pas avoir de nouvel emploi prévu à la signature → facteur aggravant.

En chiffres

SituationSuspension probable
Initiative clairement de l'employeur, préavis respecté0–15 jours
Initiative ambiguë, préavis respecté16–30 jours
Initiative du salarié, sans nouvel emploi31–60 jours
Renonciation à une période de protection31–60 jours
Préavis raccourci sans motif légitimeJours correspondant au raccourcissement
Le calcul à faire avant de signer : Si la suspension est de 30 jours et que vos allocations journalières sont de 200 CHF, vous perdez 6 000 CHF de chômage. Si l'indemnité proposée est de 3 000 CHF, le calcul est vite fait.

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3. Avantages et risques : faut-il accepter ?

✓ Avantages potentiels✗ Risques réels
Indemnité de départ négociéeSuspension des allocations chômage (jusqu'à 60 jours)
Certificat de travail favorable garantiPerte de la protection maladie/grossesse
Libération immédiate de l'obligation de travaillerRenonciation au droit de contester un licenciement abusif
Outplacement ou accompagnementIndemnité parfois inférieure à ce qu'un tribunal accorderait
Départ « propre » sans conflitAucun recours possible après signature

La convention de départ n'est ni bonne ni mauvaise en soi. Tout dépend du montant de l'indemnité comparé à la perte liée à la suspension du chômage. Faites toujours le calcul avant de décider.

4. Les 7 questions à poser avant de signer

Avant de signer une convention de départ, posez ces 7 questions — à vous-même, à votre employeur, et si possible à un juriste :

  1. 1

    Qui est à l'origine de la rupture ?

    Assurez-vous que la convention précise clairement que l'initiative vient de l'employeur. C'est la question n°1 de la caisse de chômage.

  2. 2

    Le préavis normal est-il respecté ?

    La date de fin doit correspondre au minimum à la fin du préavis légal ou contractuel. Un départ anticipé = suspension quasi certaine.

  3. 3

    Suis-je en période de protection ?

    Si vous êtes enceinte, en arrêt maladie ou en service militaire, signer une convention revient à renoncer à une protection que la loi vous accorde gratuitement. La caisse vous pénalisera.

  4. 4

    L'indemnité couvre-t-elle la suspension potentielle ?

    Faites le calcul : montant de l'indemnité vs perte d'allocations pendant la suspension. Si le compte n'y est pas, négociez.

  5. 5

    Puis-je contester un licenciement abusif ?

    Si votre licenciement pourrait être abusif (discrimination, représailles), une convention de départ vous fait renoncer à cette action. L'indemnité proposée est-elle supérieure à ce qu'un tribunal pourrait accorder (jusqu'à 6 mois de salaire) ?

  6. 6

    Le certificat de travail est-il inclus ?

    Exigez que le contenu du certificat soit annexé à la convention, pas promis vaguement.

  7. 7

    Ai-je un délai de réflexion ?

    Le droit suisse n'impose pas de délai, mais la jurisprudence considère qu'un consentement donné sous pression peut être vicié. Demandez au minimum 48 à 72 heures et consultez un juriste.

5. Comment négocier votre convention de départ

Si vous décidez d'accepter le principe d'une convention, voici les points clés à négocier :

L'indemnité

Il n'y a pas de minimum légal, tout est négociable. Les pratiques courantes vont de 1 à 6 mois de salaire, selon l'ancienneté et la situation. Si l'employeur veut éviter un procès, il a un intérêt financier à être généreux.

La formulation de l'initiative

Insistez pour que la convention mentionne explicitement que la résiliation intervient « à l'initiative de l'employeur ». Cette phrase peut valoir des milliers de francs en allocations chômage.

La date de fin

Alignez-la sur la fin du préavis normal (fin de mois). Jamais avant.

Le certificat de travail

Faites-le rédiger et approuver AVANT de signer la convention. Une fois signée, vous n'avez plus de levier.

La clause de confidentialité

L'employeur peut demander la confidentialité sur le montant de l'indemnité. C'est standard et généralement acceptable.

La clause de non-concurrence

Si votre contrat contient une clause de non-concurrence, exigez sa levée dans la convention.

Pour le détail des montants dus à la fin du contrat → indemnité de licenciement

6. Questions fréquentes

Mon employeur me met la pression pour signer immédiatement — que faire ?
Ne signez jamais sous la pression. Un consentement donné sous contrainte peut être juridiquement vicié (art. 29-30 CO). Demandez un délai de réflexion de 48 à 72 heures minimum. Si l'employeur refuse, c'est un signal d'alarme — consultez un syndicat ou un avocat avant toute signature.
Puis-je revenir sur une convention de départ après l'avoir signée ?
C'est très difficile. Une convention signée librement est un contrat valable. Vous ne pouvez l'annuler que si vous prouvez un vice du consentement : erreur essentielle, dol (tromperie) ou crainte fondée. En pratique, les tribunaux annulent rarement ces conventions. D'où l'importance de ne pas signer précipitamment.
La convention de départ est-elle imposable ?
L'indemnité de départ versée dans le cadre d'une convention est en principe imposable comme revenu. Elle est soumise à un taux d'imposition réduit (imposition séparée) si elle a le caractère d'une prestation en capital. Consultez votre administration fiscale cantonale pour les modalités exactes.
Mon employeur propose 3 mois de salaire — est-ce suffisant ?
Ça dépend entièrement de votre situation. Posez-vous ces questions : combien de jours de suspension chômage vais-je subir ? Ai-je un motif de licenciement abusif (qui pourrait valoir jusqu'à 6 mois) ? Suis-je en période de protection (auquel cas le licenciement serait nul) ? Si la réponse à l'une de ces questions réduit la valeur de la convention, négociez à la hausse.
Puis-je toucher le chômage si je signe une convention de départ ?
Oui, vous avez droit au chômage — mais avec une possible suspension. Inscrivez-vous à l'ORP normalement, le premier jour ouvrable après la fin du contrat. La caisse analysera votre convention pour fixer la durée de la suspension (0 à 60 jours). Pendant la suspension, vous ne touchez rien, mais le délai-cadre commence quand même à courir.
En résumé :
  • Une convention de départ met fin au contrat d'un commun accord — ni licenciement, ni démission.
  • La caisse de chômage peut traiter votre départ comme un chômage fautif → suspension de 1 à 60 jours.
  • La suspension dépend de qui a pris l'initiative et du respect du préavis.
  • Avant de signer : posez les 7 questions, faites le calcul indemnité vs perte chômage, et prenez un délai de réflexion.
  • La formulation « à l'initiative de l'employeur » dans la convention peut vous éviter des milliers de francs de perte.

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