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Licenciement économique

Licenciement économique en Suisse : vos droits en cas de restructuration

Votre entreprise supprime des postes, restructure ou ferme un site ? En Suisse, un licenciement pour raisons économiques suit les mêmes règles qu'un licenciement ordinaire — sauf quand il touche plusieurs salariés en même temps. Ce guide vous explique vos droits.

Art. 335d CO
licenciement collectif
250 sal. / 30 lic.
seuil plan social obligatoire
4 mois
couverts par l'assurance-insolvabilité

1. Le licenciement économique individuel

En droit suisse, il n'existe pas de statut juridique spécifique pour le « licenciement économique » individuel. Si vous êtes licencié seul pour des raisons économiques (suppression de votre poste, baisse d'activité), c'est un licenciement ordinaire soumis aux règles habituelles : préavis, périodes de protection, et possibilité de contester si le motif est abusif.

Un licenciement économique individuel n'est pas abusif en soi. L'employeur a le droit de supprimer un poste pour des raisons économiques légitimes. Cependant, il peut devenir abusif si le motif économique est un prétexte pour masquer une discrimination, ou si l'employeur n'a fait aucun effort pour trouver une solution alternative (reclassement, réduction du temps de travail).

2. Le licenciement collectif : seuils et définition

Quand un employeur licencie plusieurs salariés en même temps pour des motifs économiques, on entre dans le régime du licenciement collectif (art. 335d CO). Consultez aussi la page officielle du canton de Genève sur le sujet.

Taille de l'entrepriseLicenciements en 30 joursRégime collectif ?
Moins de 20 salariésQuel que soit le nombreNon
20 à 99 salariésAu moins 10Oui
100 à 299 salariésAu moins 10 % de l'effectifOui
300 salariés ou plusAu moins 30Oui

Les licenciements doivent intervenir dans un délai de 30 jours et être motivés par des raisons non inhérentes à la personne du salarié (raisons économiques, techniques ou organisationnelles).

3. La procédure obligatoire de consultation

Si les seuils sont atteints, l'employeur doit suivre une procédure stricte avant de pouvoir licencier (art. 335f CO) :

  1. 1

    Information écrite aux salariés

    L'employeur doit communiquer les raisons du licenciement, le nombre de personnes concernées, le calendrier prévu, et les critères de sélection.

  2. 2

    Consultation des représentants du personnel

    Les salariés (ou leurs représentants) doivent pouvoir formuler des propositions pour éviter les licenciements ou en atténuer les conséquences.

  3. 3

    Notification à l'office cantonal de l'emploi

    L'employeur doit informer l'autorité cantonale compétente avant de procéder aux licenciements (art. 335g CO).

  4. 4

    Délai d'attente de 30 jours

    Les licenciements ne prennent effet qu'au plus tôt 30 jours après la notification à l'office cantonal, sauf décision contraire de l'autorité.

⚠️ Conséquence du non-respect de la procédure
Le non-respect de cette procédure ne rend pas les licenciements nuls, mais les rend abusifs. Chaque salarié concerné peut réclamer une indemnité pouvant atteindre 2 mois de salaire (art. 336 al. 2 let. c CO).

4. Le plan social : quand est-il obligatoire ?

Un plan social est obligatoire uniquement lorsque l'entreprise emploie habituellement au moins 250 salariés et prévoit de licencier au moins 30 personnes dans un délai de 30 jours (art. 335h CO). En dessous de ces seuils, l'employeur n'a aucune obligation légale — même si rien ne l'empêche de le faire volontairement.

Le plan social est négocié entre l'employeur et les représentants du personnel (ou un syndicat). Il peut contenir :

  • Des indemnités de départ supérieures au minimum légal
  • Un accompagnement au reclassement (outplacement)
  • Le maintien temporaire de certains avantages (assurance maladie, prévoyance)
  • Des mesures de retraite anticipée
  • Un soutien à la reconversion professionnelle

Si les parties ne parviennent pas à un accord, un tribunal arbitral peut être saisi (art. 335k CO).

5. Vos droits et recours

Que le licenciement soit individuel ou collectif, vous conservez tous vos droits fondamentaux :

  1. 1

    Respect du préavis

    Les délais ordinaires s'appliquent (1, 2 ou 3 mois selon l'ancienneté). En cas de licenciement collectif, le préavis minimal est de 30 jours pendant la période d'essai.

  2. 2

    Périodes de protection

    La protection maladie, grossesse et service militaire s'applique normalement (art. 336c CO). Un licenciement économique ne suspend pas ces protections.

  3. 3

    Droit à l'information

    Vous pouvez exiger les motifs du licenciement par écrit et les critères de sélection utilisés.

  4. 4

    Recours pour licenciement abusif

    Si la procédure collective n'a pas été respectée, ou si les critères de sélection sont discriminatoires, le licenciement peut être contesté.

  5. 5

    Indemnités

    Solde de vacances, heures supplémentaires, 13e salaire au prorata, et le cas échéant indemnités du plan social.

  6. 6

    Droit au chômage

    Un licenciement économique donne droit aux allocations chômage sans suspension (sauf circonstances exceptionnelles). Inscrivez-vous à l'ORP dès le lendemain de la fin du contrat.

Détail des montants dus → indemnité de licenciement

Préparez votre inscription → inscription chômage

6. Questions fréquentes

Mon employeur peut-il choisir qui licencier ?
Oui, l'employeur dispose d'une marge de manœuvre dans le choix des personnes licenciées. Cependant, les critères ne doivent pas être discriminatoires (âge, sexe, origine, activité syndicale). En pratique, les critères courants sont l'ancienneté, les compétences, et la situation personnelle. Si vous estimez que les critères sont injustes, vous pouvez contester.
L'entreprise est en faillite — quels sont mes droits ?
En cas de faillite, votre contrat peut être résilié avec un délai raccourci par l'administration de la faillite. Vos créances salariales (salaire impayé, vacances, 13e salaire) sont des créances privilégiées de première classe. Si l'employeur ne peut pas payer, l'assurance-insolvabilité prend le relais pour les 4 derniers mois de salaire (art. 51-58 LACI).
Un licenciement économique est-il abusif ?
Pas en soi. Un motif économique légitime (baisse du chiffre d'affaires, perte de marchés, restructuration) justifie un licenciement. Il devient abusif si la procédure collective n'a pas été respectée, si les critères de sélection sont discriminatoires, ou si le motif économique est un prétexte.
Ai-je droit à un reclassement ?
La loi suisse n'impose pas d'obligation de reclassement à l'employeur (contrairement au droit français). Cependant, si un plan social est négocié, il inclut souvent des mesures d'accompagnement (outplacement, formation). En l'absence de plan social, l'employeur n'est pas tenu de vous proposer un autre poste.
En résumé :
  • Le licenciement économique individuel suit les règles ordinaires — préavis, protections, pas abusif en soi.
  • Le licenciement collectif (art. 335d CO) impose une procédure de consultation obligatoire et une notification à l'office cantonal.
  • Le plan social n'est obligatoire que pour les entreprises de 250+ salariés licenciant 30+ personnes.
  • Le non-respect de la procédure rend le licenciement abusif (indemnité jusqu'à 2 mois).
  • En cas de faillite, l'assurance-insolvabilité couvre les 4 derniers mois de salaire.

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